Un policier se fait tirer dessus : mon plaidoyer pour l’avenir et l’équipement de notre police municipale

Un policier se fait tirer dessus : mon plaidoyer pour l’avenir et l’équipement de notre police municipale

Le 27 mai dernier, suite à une rixe dans un quartier sensible ayant rameuté une cinquantaine d’individus, un policier municipal s’est fait tirer dessus à balle réelle et doit sa vie à son gilet pare-balle. Sans ce dernier, cet homme serait aujourd’hui grièvement blessé, voire mourant ! Son contrecoup émotionnel, comme vous pouvez le concevoir, a été à la mesure de cette découverte.

Si je m’associe aujourd’hui à son émotion, c’est parce que mon entreprise GK Pro a fourni le fameux gilet pare-balle et que cet événement m’a fait prendre conscience du caractère vital des équipements que nous fournissons, mais aussi des manques chroniques que subit la police municipale, troisième force de police de notre pays, mais surtout première sur le terrain !

Alors que c’est elle qui affronte en premier les désordres publics du quotidien, elle se fait régulièrement dévaloriser, tant par les pouvoirs publics que par certains médias. Pourtant, sans ces « petits policiers municipaux », les autres services des forces de l’ordre seraient rapidement débordés !

Ce n’est pas pour rien que cette police existe depuis le XVIème siècle et prouve sa valeur depuis la Révolution Française ! Nous avons besoin, pour notre sécurité à tous, d’une police proche des populations, qui les côtoie, qui les connaît, qui instaure une relation de confiance avec elles. Le service qu’elle rend à notre nation, en termes de pacification des quartiers sensibles, de rassurement des citoyens, mais aussi de renseignement, est précieux pour toute notre chaîne de sécurité.

En contrepartie, en revanche, cette même police municipale doit encore passer par ses collègues de la police municipale ou de la gendarmerie pour avoir accès aux fichiers des personnes recherchées, des voitures volées, etc.! Que de temps et de moyens humains perdus dans ces tracasseries hiérarchiques !

De même, comment se fait-il qu’une police au plus près de populations, donc également au plus près des dangers potentiels, ne soit que très peu et très irrégulièrement armée ? Le fait qu’elle dépende des communes implique-t-il de jouer leur sécurité à pile ou face en fonction du budget local qu’il est possible de consacrer à leur nombre et à leur équipement ? L’État n’a-t-il pas un devoir plus grand envers ces hommes et ces femmes qui risquent leur vie ?

Fort heureusement, la situation semble évoluer dans le bon sens : avec la Loi Engagement et Proximité votée en décembre 2019, les pouvoirs des maires en matière de sécurité ont été renforcés, et avec eux ceux des policiers municipaux sous sa juridiction. Il me semble normal que les maires récupèrent des moyens d’agir dans ce domaine et de se protéger eux-mêmes juridiquement, dans la mesure où ils sont en première ligne dès que quelque chose ne convient pas à l’un de leurs administrés ou qu’une incivilité est commise. Grâce à cette loi, les maires pourront enfin être tenus au courant des enquêtes et procédures en cours sur leur territoire. Leurs adjoints et eux obtiendront le titre d’officiers de police judiciaire qui leur permettra de sanctionner certaines infractions directement et d’interdire ou de fermer des événements ou lieux portant atteinte à la tranquillité des habitants.

Cet effort de coordination et d’information entre services de police et pouvoirs publics était plus que nécessaire au développement d’un maillage de proximité, mais insuffisant pour offrir à la police municipale sa juste place dans la chaîne de sécurité. Pour pallier ceci, une proposition de loi est actuellement à l’étude, visant au renforcement de la collaboration et de la transparence entre forces de l’ordre, notamment par la mise en commun des fichiers de renseignement.

Dans la lignée de cette loi, puisque la police municipale arrive toujours en premier sur les lieux des troubles, quand la police nationale n’intervient qu’en renfort, les rôles et les moyens devraient, à mon sens, être redistribués de façon à ce que sa sécurité soit assurée en premier, par la connaissance des lieux, des cas et des individus auxquels elle a affaire, mais également par l’uniformisation de ses équipements réglementaires, en particulier leurs armes de défense.

Envoyer face à des émeutiers le plus souvent armés, voire lourdement armés, des policiers seulement pourvus d’armes de dispersion, tels que tasers et gaz lacrymogènes, relève de l’inconscience !

De même, les attentats et les crises sociales de ces dernières années ont révélé des failles de sécurité énormes dans l’identification des policiers sur Internet ! Là encore, un projet de loi est à l’étude, visant à rendre cette identification impossible lors de la diffusion d’images dans l’espace médiatique.

GK Pro a remplacé gracieusement le gilet pare-balle du policier touché le 27 mai. Nous sommes prêts à renforcer notre partenariat avec nos forces de police et leur accordons tout notre soutien, mais sans une prise de conscience collective et une adaptation concrète et massive à la réalité du terrain et aux prérequis de notre sécurité à l’heure actuelle, nos équipements risquent de ne pas faire le poids.

Georges KUMUCHIAN
Fondateur et dirigeant de GK Professional